Il y a des parcelles que l'on hérite, et d'autres que l'on choisit. La nôtre, la toute première, personne n'en voulait : une terrasse pentue où la pierre rouge affleure dès qu'on gratte la terre. En 1928, Étienne y a planté quand même. Près d'un siècle plus tard, ces vieilles vignes donnent à peine une grappe par pied, et le vin le plus bouleversant que le domaine ait jamais signé. Nous l'avons appelé La Première Pierre.
« Nous n'avons pas fait cette cuvée pour vendre du vin. Nous l'avons faite parce que ces vignes-là le méritaient. »
0,8 hectare, pas un de plus. Des ceps presque centenaires, taillés court, qui plongent leurs racines dans les galets roulés. Ici, la vigne souffre — et c'est précisément cette souffrance qui concentre tout : le fruit, la minéralité, cette tension saline qui fait saliver. La biodynamie n'est pas un argument marketing chez nous, c'est juste la seule façon de respecter un sol aussi vivant.
La vendange se fait grain à grain, à la fraîche. Puis vient la patience : 24 mois d'élevage en demi-muids de chêne français, sans précipitation, sans collage, filtration légère seulement. On goûte, on attend, on regoûte. Le vin nous dit quand il est prêt — pas l'inverse.
Au nez, la mûre noire et la violette, le poivre, la pierre chaude d'un soir d'été. En bouche, c'est dense et soyeux à la fois, des tanins de velours et une finale qui n'en finit pas. Un rouge de contemplation, qui se boit aujourd'hui mais se bonifiera vingt ans durant.
Le millésime 2021 est limité à 940 bouteilles numérotées à la main, et il ne sera pas reconduit. Elle se demande sur allocation : La Première Pierre. Et si vous venez au domaine, parlez-en à Clémence : c'est elle qui tient la liste.